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COLLIGNON Médéric (2008)

Lauréat en 2008

Médéric COLLIGNON 2008)

Musicien, trompettiste et chanteur français, (6 juillet 1970, Villers-Semeuse).

Apparu dans la paysage du jazz français à l’orée des années 2000 comme un feu follet, survolté et imprévisible, Médéric Collignon a imposé sa folie douce et son hyperactivité musicale en peu de temps. S’affirmant comme élément essentiel d’orchestres de grande taille, il s’est révélé également dans de petites formations où, outre ses talents de trompettiste, éclatent sa verve improvisée, ses expérimentations vocales et électroniques dont le jazz n’est qu’une composante dans une explosive collision de styles.
Originaire des Ardennes, il débute l’apprentissage de la trompette à l’âge de cinq ans. Elève au conservatoire de Charleville-Mézières à partir de 1984, il suit l’enseignement d’un professeur libéral qui encourage sa curiosité et, déjà, sa soif d’expérimenter. Sa découverte du jazz se fait de manière transversale, empruntant à l’histoire de manière désordonnée, au contact d’autres musiques qui vont du funk à Olivier Messiaen en passant par le hard-rock et le jazz-rock. De cette assimilation anarchique mais raisonnée naîtra un style qui emprunte délibérément à des sources hétéroclites et dont les références tiennent davantage à des « figures » emblématiques (Louis Armstrong, Miles Davis, Don Cherry, pour ne citer que des trompettistes) plutôt qu’à un apprentissage académique des genres. Diplômé du Conservatoire de Nancy en 1989, Médéric Collignon est d’abord actif en Lorraine, aussi bien dans des groupes de Nouvelle-Orléans locaux que dans des formations de jeunes musiciens contemporains comme l’ensemble Kassalit du saxophoniste Philippe Lemoine (1996) ou Emil 13. Le cornet à pistons, qu’il a préféré à la trompette dès 1989, s’impose comme un instrument qui lui convient, tant par le timbre, riche et plein, que par la position du corps qu’il requiert. La découverte du cornet de poche renforce ce choix par la suite, d’autant que celui-ci entretient une proximité avec la voix et que sa forme compacte, aux allures de jouet, accentue la dimension ludique et fantaisiste que dégage son jeu.
Installé à Paris à partir de 1997, Collignon se fait remarquer au sein de l’Orchestre national de jazz dirigé par Paolo Damiani et devient une pièce maîtresse de différentes formations, dans lesquelles sa double compétence de soliste et d’interprète est appréciée : le Jazztet de Bernard Struber, le Méga Octet d’Andy Emler, le Sacre du tympan de Fred Pallem… En 2002, Claude Barthélemy fait appel à lui lorsqu’il constitue son second ONJ. Médéric Collignon impose son originalité tant au cornet, virevoltant d’un style à l’autre avec une aisance caméléonesque, qu’à la voix, qu’il déforme, amplifie, module à l’aide d’un appareillage d’effets électroniques et de techniques extra-européennes, dont l’amplitude va du murmure jusqu’au cri strident. Sa polyvalence et l’étendue de son imagination, l’engagement dont il fait preuve dans l’instant et sa disponibilité, sa conscience aiguë des enjeux de l’improvisation et son ambition iconoclaste à dépasser les clivages de genres l’amènent à fréquenter tant de « grands aînés » du jazz français (de François Jeanneau à Claude Barthélemy en passant par Michel Portal et Denis Badault) qu’à essaimer son talent dans une nébuleuse de groupes, formés dans les squats et les lieux « alternatifs » de la capitale, dont la plupart gravitent autour des labels Chief Inspector et Yolk. Elément essentiel du Napoli’s Walls de Louis Sclavis, il est aussi l’un des têtes chercheuses du Collectif Slang qui fait feu musical de tout bois.
En solo, dans des performances improvisées à l’aide de dispositifs électroniques qui lui permettent de s’enregistrer lui-même en temps réel, en duo avec le batteur Philippe Gleizes, en trio avec le contrebassiste Paul Rogers et le guitariste Maxime Delpierre, avec son quartet Jus de Bocse (avec lequel il relit certains albums-clés de Miles Davis), il embrasse le champ des possibles tous azimuts, avec une urgence inépuisable et un investissement de l’instant qui, par-delà sa dimension théâtrale et son expressionnisme, n’est pas sans receler une discrète mélancolie.

Vincent Bessières