L’académie de jazz de France depuis 1955

SOLAL Martial (1956)

Lauréat en 1956

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Remise du Prix de l’Académie du Jazz.
Martial Solal et Jean Cocteau.

SOLAL Martial. Pianiste, compositeur, arrangeur et chef d’orchestre français

Alger, 23-8-1927.

Il étudie le piano dès six ans, se passionne pour le jazz, suit les cours (« de jazz ») du saxophoniste alto et chef d’orchestre Lucky Starway et devient musicien professionnel en 1945. Il joue à Radio-Alger puis, pendant son service militaire au Maroc, à Radio-Rabat. Il s’installe à Paris en 1950, est engagé dans les orchestres de Noël Chiboust, Benny Bennet (1951), Aimé Barelli (1952), puis commence une carrière autonome (1953). Il participe à de nombreuses séances d’enregistrement et accompagne dans les clubs parisiens (notamment au Club Saint-Germain et plus tard au Blue Note) les solistes dé passage ; il enregistre en 1956 son premier disque en solo, ainsi qu’un album en grand orchestre. Il constitue à la fin des années 50 un quartette avec Roger Guérin, Paul Rovère et Daniel Humair ; compose beaucoup pour le cinéma (« Deux Hommes dans Manhattan », 1958, un bref interlude pour « Le Testament d’Orphée », « A bout de souffle », 1959, « Léon Morin, prêtre », 1961, « Échappement libre », 1964...) ; se produit en trio avec Guy Pedersen et Daniel Humair (1960-64). Après avoir créé un deuxième grand orchestre (1962), il participe en trio (avec Teddy Kotick et Paul Motian) au Festival de Newport (1963) et retourne l’année suivante aux USA. Un nouveau trio l’associe à Gilbert Rovère et Charles Bellonzi (1965-68) ; il en forme un autre - à deux contrebasses et piano (1969-70). Il se produit ensuite en solo et accompagne à plusieurs reprises Lee Könitz, avec qui il forme aussi un duo régulier (1977-82). Il réunit de nouveau un grand orchestre (1981) et, parallèlement à son activité de soliste de jazz (en 1994, Phil Woods le rejoint pour un unique concert en duo dans la région parisienne), collabore avec des interprètes de musique contemporaine : c’est ainsi qu’il participe à l’élaboration de Stress, une œuvre de Marius Constant dont il est également le soliste ( 1979), et compose un Concerto pour trio de jazz et orchestre (1981) et une Fantaisie pour deux orchestres (1984), puis Nuit étoilée (pour claviers et orchestre, 1987-88), Echanges (pour piano et orchestre de chambre, 1989). Il improvise aussi, en concert et en studio, sur les films de Marcel L’Herbier (« L’Inhumaine », « Feu Mathias Pascal ») ; il reçoit des commandes d’interprètes aussi divers que la claveciniste Elisabeth Chojnacka, l’accordéoniste Azzola, les Percussions de Strasbourg, le joueur d’orgue de Barbarie Pierre Charial, ou l’ensemble de cuivres Concert Arban ou encore le quatuor de saxophones
Piacere. L’éditeur Boosey and Hawkes publie son recueil de pièces didactiques, équivalent pour le jazz du Mikrokosmos de Bartok. Il a enregistré (entre autres) avec Django Reinhardt, Don Byas, Bill Byers, Fats Sadi, Lucky Thompson, Kenny Clarke, Roger Guérin, Sidney Bechet, André Hodeir, Getz, Guy Lafitte, Hans Koller, Attila Zoller, Antoinette Vischer, Art Farmer, Hampton Hawes, Lee Könitz, le Piano Conclave, Joachim Kühn, Stéphane Grappelli, Jimmy Raney, Daniel Humair, Toots Thielemans, Michel Portal, sous le pseudonyme de Jo Jaguar (1956), et sous son nom depuis 1953.
Bien qu’il se soit révélé dès les années 50 un musicien très original, doublé d’un instrumentiste brillant, Martial Solal n’a jamais cessé de parfaire sa technique de pianiste, allant jusqu’à étudier, au cours des années 70, avec le concertiste classique Pierre Sancan. Ce pianiste superlatif, à l’articulation sans faille, jouant « au fond de la touche », sachant déployer toute la palette sonore de l’instrument et exploiter une remarquable indépendance des mains, met cette technique au service d’un talent d’improvisateur que l’on suppose sans limites : ruptures rythmiques, digressions harmoniques, inventions mélodiques inouïes se succèdent et s’entrecroisent, dans une conjugaison, sans équivalent, de lucidité, d’imagination, de goût du risque et de sensibilité exacerbée - et non sans humour. Son travail de compositeur affiche sa singularité dès la Suite en ré bémol pour quartette de jazz (1959). Orchestrateur autodidacte, Martial Solal dépassera très vite la synthèse qu’il opérait en 1956-57 et 1962 entre les esthétiques divergentes de Count Basie et de Stan Kenton pour aboutir à une écriture reconnaissable entre toutes : liberté tonale, fragmentation des thèmes, goût des rythmes complexes associés à la pulsation spécifique du jazz, oppositions de timbres... Un grand musicien, dont l’importance excède largement les frontières de l’Europe - et celles du jazz.

X.P.

Suite pour une Frise (1963), Liberté surveillée (1967), La Couronne de Flore (1968) ; Key For Two (avec H. Hawes, 1968) ; Suite For Trio (1977) ; Roman Walkings (L. Konitz, 1977) ; Aiguë marine (1978), Grappes (1979), Suite (en grand orchestre, 1981), Bluesine (1983), Improvisation sur le prélude de la Partita BWV 1006 (1985), « La France à la carte » (série TV de J.-L. Comolli, 1986), « Improvisations » (1989), L’Allée Thiers et le poteau laid (avec D. Lockwood, 1993) ; « Triangle » (1995) ; « Just Friends » (1997).